Bourdeilles baronnie du Périgord

26 08 2008

Dans le cocon d’une vallée, par delà vals et combes, qui ourlent la nationale reliant Périgueux à Angoulême, Bourdeilles, ancienne baronnie du Périgord se préserve du monde. C’est une petite merveille courtisane qui paresse dans sa verdure, cache ses trésors architecturaux dans l’ombre de ses venelles. Son château plantureux domine les méandres de la rivière, accueillante des baigneurs, des pêcheurs, des amateurs de photographie… et des canoës ! La forteresse est un vestige du XII e siècle, une splendeur dont on gravit les 200 degrés du donjon par enjambées irrégulières et tâtonnantes : pas une seule marche ne se dresse à la même hauteur. Les escaliers s’arasent sur une terrasse légèrement inclinée, remparée d’un muret. Une ascension de vingt-deux mètres, qui mène vers la lumière. Elle transcende une perspective qui s’ouvre sur toute la vallée de la Dronne, aussi loin que l’imaginaire peut porter.

Le château a probablement été reconstruit sur les vestiges de la seigneurie de Bourdeilles mentionnée dans des écrits du XI e siècle. L’église du village, chaussée de murs latéraux du XII e siècle, a enfilé des galoches au XVIIII e siècle : démolition de l’abside, constructions de nouveaux murs sur les contreforts des anciens, clocher baroque, qui supplanta les trois coupoles romanes. On murmure que l’ancien édifice moyenâgeux aurait remplacé une église païenne du IV e siècle. C’est dire que ce lieu ne manque pas de références historiques antédiluviennes… Un site solutréen (-15000) a été découvert au lieu dit « Les fourneaux du diable ».

Les premiers seigneurs de Bourdeilles apparurent au XIV e siècle. Hélie de Bourdeilles et Pierre de Bourdeilles, dit Brantôme, en blasonnèrent son histoire. Les légendaires pattes de griffons apparurent sur leurs armoiries à cette époque. Le dernier tenant du titre, Henry de Bourdeilles, mourut au château en 1947.

La quintessence de nos campagnes s’alambique sur la liste de nos curés affichée dans l’église. Il y manque le curé papillon dont le surnom n’est pas révélé aux non initiés.

Le curé papillon succédait, entre autres, au curé Cuginaud qui avait marié, baptisé, enterré nombre de Bourdeillais, vers le milieu du XX e siècle. Il mourut dans l’encens et les livres de messe, au presbytère qui jouxte l’église. L’infortuné nouveau ministre du culte se déplaçait en mobylette. Au grand dam des enfants du village, ce curé ne quittait jamais sa soutane, même pour enfourcher son cheval à deux-temps.
Que faire de ces encombrants pans de robe ? Il les glissait dans son pantalon, et prenait le vent de ses ailes repliées dans la ceinture. Avec la vitesse, les ailes tronquées prenaient du volume, sans pour autant quitter le pantalon. Le curé partait sur les routes, les demi pans gonflés, battants les côtés de la mobylette. C’est ainsi que ce surnom lui échut, et reste dans la mémoire.

Dès le moyen-âge, la vie s’est organisée autour des remparts du château. Les maisons de la grand-rue témoignent de ce joyeux mélange de saisons, avec des caves voûtées du XV e siècle, cachées sous des édifiées des du XVI e et XVII e siècle. Nombre de jardins abritent des grottes aménagées où il n’est pas rare de trouver des silos à grains antérieurs au X e siècle. Bourdeilles fut un fief que se disputèrent les anglais et les français des siècles durant. Cette occupation a laissé quelques traces qui se lisent dans la blondeur paille et le teint rosé de certains périgourdins.

Bourdeilles est une vieille dame, dont la classe supplante celle d’autres lieux maladroitement apprêtés pour le tourisme de masse en Périgord Vert. Comme un joyau dans son écrin, elle brille de son authenticité, sertie de griffes de verdure, dans lesquelles la lumière joue au travers de frondaisons. Miraculeusement épargnée par la désertification des campagnes quelques commerces permanents résistent contre vents et marées. Sur ce lieu magique se greffent quatre restaurants dont la gamme de prix et la qualité offre une palette colorée et savoureuse, adaptée aux petits budgets comme au tourisme de luxe. C’est sans doute pour ces raisons que ce village a été retenu comme site touristique majeur en Dordogne, et sera restructuré en ce sens en 2009. Le cœur du village verra son pavage de galets refleurir sous le goudron, la circulation déviée vers une voie de contournement.

La population du village offre un panel de familles de souches et d’immigrants. Ils cohabitent avec leurs particularités respectives, dans le joyeux esprit d’un village gaulois. C’est tout le charme de Bourdeilles, palpable à la terrasse des cafés, dans la couleur de volets, l’aménagement des maisons.

Qualifié de « cimetière des dinosaures » par quelque malicieux, le village accueillit des artistes aussi célèbres que l’écrivain Vladimir Volkoff,  et Georges Halbout du Tanney sculpteur, ainsi que le peintre Dessalle-Quentin. Si leur morts respectives s’échelonnèrent dans le temps, l’un pianotait sur son ordinateur, alors que, quelques décennies auparavant, l’autre jouait du marteau et du burin dans son atelier des Bernoux. Le sculpteur  travaillait les lunettes fichées au bout du nez, la moustache en virgule, un chapeau en papier fiché sur la tête.

Il adorait Charles Dickens.  Il est probable que la musicalité de cette langue l’aidait à trouver l’inspiration.

Depuis les guerres diverses qui dévastèrent château et église, nous avons appris à vivre avec nos anglais, avec lesquels nous nous partageons nos vins et notre gastronomie.


Le texte et les photos sont la propriété exclusive de Paul Mercusot

Sources historiques : Archives départementales de la Dordogne, textes de l’abbé Pierre Pommarède.