Patricia et Julien sont arrivés au village il y a un an. Ils sont tous deux diplômés de l’école Louis Lumière à Paris, où ils sont nés. Après quelques années passées à travailler dans le secteur de la photographie argentique, ils se sont reconvertis vers d’autres voies professionnelles. L’essor du numérique avait supprimé nombre d’emplois. Les paradoxes du monde de la photo ne manquent pas de surprendre. Après avoir été étouffé par les pixels, l’argentique retrouve un nouveau souffle grâce au numérique. Des laboratoires se sont ouverts dans le midi de la France, laboratoires qui recréent des tirages argentiques à partir de supports numériques… 
Nos titis étouffaient dans la capitale. Les rues de paris avaient perdu de leur charme, tant vanté par ceux qui ne font qu’y passer. Le quotidien devenait oppressant au fur et à mesure que leurs enfants, Arthur et Valentin, grandissaient. La famille se serrait dans un deux pièces du XXeme arrondissement. Julien, qui peint toiles et objets, manquait d’espace pour travailler. Il contenait son atelier dans une cuisine minuscule. Les enfants avaient besoin de lumière et d’air. Peu à peu l’envie de partir a germé : Patricia eut l’opportunité de travailler en télétravail à domicile. Le hasard les mena en Dordogne, vers une maison qui leur offrait, outre un loyer modique, le luxe suprême pour un citadin : un jardin.
Ils est de ces villages où on échoit après des années de route. C’est comme s’ils nous attendaient, Ils disent : « tu en a mis du temps pour me trouver ! Qu’est-ce que tu fichais ? Tu as vu mon ciel, tu as vu mes arbres, mes pierres ?
Bourdeilles est de ces lieux magiques. Quand j’y suis arrivée, j’ai su que j’y resterais. Je me promène souvent au cimetière où je reposerai un jour, sous un carré d’herbe, non loin de ma maison : la maison Lin-Mitaud. 
Pour Julien et Patricia, la Terre Promise se dessina sur le site d’une agence immobilière. La maison est part et partie d’un ancien couvent, couvent situé en face du garage Doumen. Le hasard de leur quête les a menés vers un village qui sera bientôt transformé en site touristique majeur. Je suis certaine que nous avons les mêmes mots pour parler de nos vieilles pierres, de l’amour de nos chaumières et de leur histoire. Je suis sure que chaque jour nos yeux caressent les mêmes formes, nos mains se posent sur le même calcaire tiède. Ont-ils sentis l’odeur capiteuse du pont quand le soleil le réchauffe après des semaines de gelées ? Se sont-ils promenés dans la rue des Écoles où l’odeur si particulière de la valériane se mêle à celle du jasmin qui orne les tonnelles ?
Derrière une façade discrète, leur maison cache ses lettres de noblesse. Elle fait corps avec une construction en carré qui ceint un jardin aujourd’hui morcelé. Le corps de bâtiment est proche de l’église. C’est un ancien couvent du XVeme, probablement construit pour des moniales. Au fil des siècles, des murs ont démembre le bâti, transformé l’édifice primaire en maisons d’habitation. Sous les fenêtres à contre-terrier courent des salles voûtées d’une beauté à couper le souffle. Elles doivent probablement communiquer avec le château par des souterrains murés. La fantaisie du partage a fait que Julien et Patricia possèdent une cave sous la cuisine de leur voisine, Marie Tournier. Sous leur propre cuisine siège une salle immense flanquée d’un âtre et d’une « bassière » : l’ancienne salle à manger des religieuses. Elle s’ouvrait sur le cloître dont les colonnes sont imbriqués dans un mur construit récemment. Le jardin repose, telle une émeraude dans l’écrin de ses enceintes. 
Patricia et Julien ont quitté Paris du jour au lendemain, chargeant leurs meubles dans une camionnette en quelques heures, avant de prendre la route pour la Dordogne. Avec peu de moyens, ils ont commencé par décorer leur univers. Chaux, peinture blanche, objets banals récupérés au Tricycle Enchanté, décorés par collages.
Le Tricycle est une association de recyclage implantée dans le village, menée par des jeunes qui souhaitent vivre autrement. Elle fonctionne comme une friperie-brocante, s’adresse à des personnes à faible budget.
Malgré l’inconfort des vieilles bâtisses, l’ancien couvent leur a apporté son intime conviction. Julien y a trouvé la place pour découper son bois, peindre, s’étaler… Les enfants grandissent dans l’air et la lumière, vont patauger dans la rivière, mangent le fruits des fraisiers que Patricia a disséminés le long des murs. Bientôt Valentin et Arthur seront en âge de battre la campagne, d’explorer les moindres recoins du village, comme l’ont fait des générations d’enfants avant eux. Ces deux là auront ne manqueront pas d’imagination et d’astuce : l’univers de leurs parents, la place qu’ils leur laissent pour créer est la meilleure école qui existe…
Je ne suis pas une spécialiste de l’art et loin de moi l’idée de porter un jugement sur celui de Julien. A mon goût ses créations sont belles, équilibrées. C’est une peinture adressée à l’imaginaire des enfants, sans le côté mièvre, conventionnel de l’adresse du consommateur à l’illusoire du marché. Julien est un enfant qui peint pour les enfants. Il sait retrouver leurs formes et leurs couleurs avec toute la technique de l’adulte. Un libre cours qui n’est inféodé à aucune mode…
Paul Mercusot