La Poste de Bourdeilles et la broyeuse postale

En 1997, je suis arrivée dans une recette de plein exercice : Bourdeilles. Il y avait un emploi de guichetier à temps complet, tenu par Véronique,  et un autre de receveur vendeur.

La poste étant passée en comptabilité analytique en 1993, le calcul du rendement du bureau ne se faisait plus par les bénéfices des encours (intérêts des sommes placées propres au bureau de Bourdeilles). On calculait la rentabilité par le nombre de clients, et le prix moyen de l’achat par visite. Il est évident que le client qui venait chercher un timbre à 0,55 cts d’euro, et qui possédait des encours de plus de 200 000 euros, était comptabilisé de la même manière que le touriste qui venait garnir ses cartes postales.

Ce système, hautement pervers, permit de démontrer que le bureau n’était pas rentable et de supprimer le poste à plein temps  de Véronique.

A L’époque Germinal Peiro, que je salue, car il a personnellement contacté chaque chef d’établissement en 2001 avait alerté le département et les médias sur les dangers de fermeture à court terme.

Je suis heureuse de le voir figurer sur la photo de Sud-Ouest, devant cette énorme boîte potale artistiquement taggée…

Cette fermeture de Bourdeilles condamne  les personnes âgées, qui ne pourront même plus bénéficier du service “Allo Facteur”, le service de portage d’argent à  domicile. La Banque Postale entravant   le transport de fonds par le service courrier pour des questions d’assurance. Je suppose que le calcul de suppression de ce service a été fait en optimisant  la mortalité en zone rurale. Ce sera le nouveau slogan : “Mourez avec la Poste”…

La vente des produits financiers n’étant plus une affaire d’Etat, on engaga des commerciaux pour remplacer les receveurs vendeurs,  qu’on avait auparavant habillés d’objectifs irréalisables : 1 million d’euros de collecte dans une zone de chalandise classée à objectif collecte zéro… Leopold Dubois, vieille figure de la Poste de Dordogne, Jean Jaurès  du service postal,  Directeur du Groupement du Périgord Vert de l’époque, ne sanctionnait pas des sales gosses comme moi,  qui refusaient de signer ces contrats d’objectifs.

Les receveurs vendeurs ont été  recasés comme guichetiers dans d’autres bureaux de poste. Les encours furent discrètement déménagés sur les bureaux de secteurs, comme Brantôme, mais qui n’en générent pas plus de trafic pour autant, vu la désastreuse qualité d’acceuil des clients et la désertification hivernale.

Les encours financiers de Bourdeilles – gigantesques – couvraient largement deux salaires à temps complet et les charges du logement de fonction et du local.

La logique postale est la même que celle de toutes les administrations à vocation desquelles la rentabilité est devenue la priorité numéro un, occultant jusqu’à la notion même  de service public et de public…

Paul Mercusot

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